Le combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps

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10 novembre 1995

Pour en revenir aux résultats de la mobilisation féministe des années 1970 : après plusieurs années de lutte et l'entrée en scène de dizaines de milliers de femmes et d'hommes bravant ouvertement la loi anti-avortement de 1920, le gouvernement se trouva dans l'embarrassante situation de prétendre maintenir une loi parmi les plus répressives en Europe, tout en étant devenu incapable de la faire appliquer, et même réduit à la laisser bafouer publiquement.

On peut se rendre compte de la gravité de la situation au vu des chiffres donnés par le ministre de la Justice lui-même, lorsqu'en décembre 1973 décision fut prise de suspendre officiellement toute poursuite : "1000 avortements clandestins se produisent chaque jour en France. Un avortement sur 1000 est mortel". Les choses n'urgeaient pourtant pas excessivement pour ces messieurs les parlementaires.

Au cours de l'année 1974, 300 femmes moururent encore des suites d'avortements clandestins.

Finalement, la loi présentée par Simone Veil fut votée, sous la présidence de Giscard d'Estaing, en janvier 1975, pour une durée de cinq ans seulement dans un premier temps et assortie de nombreuses clauses restrictives. Le débat parlementaire se caractérisa par la violence haineuse spécialement des députés de la droite, qui à plusieurs reprises injurièrent Simone Veil, l'empêchèrent de parler, et tinrent dans les couloirs des propos antisémites à son sujet.

La loi de 1975, il y a 20 ans, est un acquis des luttes des femmes. Ce droit, elles se sont battues pour le conquérir, elles ne l'ont pas mendié !

Sur un autre plan, il faut mettre également à l'actif du bilan des années 1970 le dépoussiérage législatif qui a enfin relégué la législation napoléonienne au musée des antiquités. L'autorité du père sur femme et enfants, le divorce parcours du combattant même en cas de consentement des deux conjoints, l'adultère tombant sous le coup du Code pénal, l'inégalité entre mari et femme devant l'éventuel patrimoine de la famille, tout cela existait encore, deux siècles après la Révolution française, avant les lois de 1970, 1975 et 1985.

Le mouvement féministe fut un mouvement efficace, quoi qu'on puisse penser par ailleurs de ses contradictions et de ses limites. Il a dénoncé l'oppression des femmes, bousculé de nombreux préjugés, secoué la mentalité de soumission inculquée à bien des femmes, revendiqué pour elles le droit d'être elles-mêmes à part entière.