Chypre - du paradis fiscal à l’enfer de la crise du capitalisme

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mai-juin 2013

La crise qui a secoué Chypre au mois de mars dernier a démenti les dirigeants européens qui prétendaient que la crise de la zone euro était presque un mauvais souvenir. Ce petit État de 800 000 habitants compte pour moins de 0,2 % du PIB (Produit intérieur brut) de l'ensemble de la zone euro, mais sa faillite financière a fait craindre un « effet domino » pouvant amener l'effondrement de l'ensemble du système bancaire des États de la zone euro.

De la crise grecque à la crise chypriote...

Même s'il n'en a rien été finalement, cette crainte était en effet fondée. La crise qui a secoué l'économie chypriote était elle-même un contrecoup de la crise grecque. Après de multiples rebondissements, les chefs des principaux États de l'Union européenne en étaient venus à accepter ce qu'ils avaient dans un premier temps exclu : la restructuration de la dette grecque. Ils avaient dû faire face à la résistance des grandes banques détentrices de titres de cette dette, principalement françaises et allemandes. En juillet 2011, après une longue séance de négociations avec les autres chefs d'État de l'Union européenne (UE), Sarkozy et Merkel avaient dû, en pleine nuit, participer à une autre réunion pour convaincre les représentants des principales banques européennes de faire un petit geste...

En échange des titres de la dette grecque qu'ils détenaient, les créanciers se sont vu proposer d'autres titres, censés être plus sûrs mais de moindre valeur. Les banquiers français et allemands ont pu compter sur l'intervention de leurs États pour défendre leurs intérêts et pour ne pas avoir à faire trop les frais de cet accord. Ce n'était pas le cas des banques chypriotes. Or celles-ci étaient particulièrement « exposées à la crise grecque », pour reprendre l'expression de la presse économique. D'abord parce qu'elles avaient beaucoup prêté à l'État grec : d'après une étude réalisée pour la banque d'investissement Natixis, les titres de la dette grecque représentaient près d'un tiers de la totalité des actifs des deux principales banques chypriotes, la Banque de Chypre et la Laiki Bank. La restructuration de cette dette leur a laissé une perte sèche de plus de quatre milliards d'euros. Ces deux banques avaient aussi beaucoup développé leurs activités en Grèce. Elles ont donc subi très fortement le contrecoup de la récession dans laquelle s'enfonce la Grèce depuis plusieurs années.

Ces deux établissements, représentant un peu plus de la moitié des actifs du système bancaire de Chypre, se sont retrouvés menacés de faillite. L'État chypriote était dépassé par l'ampleur des sommes nécessitées par le sauvetage de ces banques qui risquaient d'entraîner l'ensemble de l'économie du pays dans leur chute. En juin 2012, il s'est donc tourné vers les autres États européens pour solliciter une aide financière. Le hasard du calendrier a voulu que cela corresponde à la période où Chypre se retrouvait à exercer la présidence de l'Union européenne, cette fonction étant assurée successivement tous les six mois par un des États membres. Mais malgré des apparences très égalitaires, ces institutions européennes masquent à peine le fait que la réalité du pouvoir est exercée par les représentants des grandes puissances impérialistes européennes, l'Allemagne et la France en premier lieu. Et pour obtenir cette aide, Chypre a dû se soumettre à leurs conditions.

L'aide demandée par Chypre se montait à une quinzaine de milliards d'euros : environ 9 milliards d'euros pour le sauvetage des banques chypriotes, et 7,5 milliards pour permettre à l'État chypriote de boucler son budget et d'honorer le service de sa dette pour les deux prochaines années. Pour Chypre, cela représentait des sommes considérables, équivalant à plus de 90 % de son PIB. Mais au regard des 400 milliards mobilisés pour répondre à la crise grecque, cela pouvait sembler à la hauteur des moyens mobilisables par l'UE sans forcément provoquer de crise majeure.

La crise de la zone euro

À la condition toutefois que ses dirigeants soient capables de s'entendre sur une solution. Et, comme à chaque crise précédente, cela devint l'enjeu de difficiles négociations visant, pour chaque État, à limiter ce qu'il devait payer. Toute l'histoire de la construction européenne a été ponctuée d'épisodes d'affrontements de ce genre. L'Union européenne, telle qu'elle existe aujourd'hui, est le résultat de compromis laborieusement élaborés entre des États représentant les intérêts de bourgeoisies rivales, chacune acceptant un certain nombre de concessions plus ou moins importantes suivant le rapport de force. À l'intérieur de l'arène commune, chaque État membre continue de défendre jalousement sa « souveraineté », c'est-à-dire les intérêts de sa bourgeoisie. Et les plus puissantes d'entre elles, principalement les bourgeoisies allemande et française, imposent leur loi aux États bien plus faibles. C'est cette contradiction, dans laquelle se débattent les bourgeoisies européennes, qui explique les soubresauts qui agitent régulièrement la zone euro depuis le début de la crise financière de 2008.

Le même scénario s'est répété à plusieurs reprises. Les pays les plus touchés par la crise, la Grèce, suivie de l'Italie et de l'Espagne, ont vu s'emballer les taux d'intérêt des emprunts qu'ils étaient obligés de souscrire pour financer leurs déficits. « Les marchés financiers exprimaient leur méfiance », pour reprendre une formule qui a cours régulièrement dans la presse économique, non seulement vis-à-vis de ces États, mais aussi et surtout à l'égard de la solidité du lien entre les États de l'Union européenne. Ce faisant, ils le mettaient réellement à l'épreuve car les États les plus riches se sont vus obligés d'intervenir pour éviter une faillite risquant d'ébranler l'ensemble de la zone euro. Et à chaque fois, leurs représentants étaient amenés à se reposer la question : jusqu'à quel point faut-il accepter de payer ?

En mars 2011, les chefs des gouvernements européens finirent par accoucher difficilement d'un nouvel organisme, le Mécanisme européen de stabilité (MES), doté du droit de passer des emprunts directement sur les marchés. Ces fonds, destinés en quelque sorte à « mutualiser » les dettes souveraines, sont censés prendre le relais d'un État défaillant, sans avoir à recommencer, à chaque crise, les mêmes marchandages entre États pour répartir les charges de cette mutualisation, avec les mêmes aléas. La raison d'être fondamentale de ce « mécanisme européen de stabilité » est de rassurer les « marchés financiers », c'est-à-dire les grandes banques : « Ne vous inquiétez pas de nos marchandages entre États, pour déterminer qui doit payer et combien, vous serez payées ». Dirigé par un conseil de gouverneurs constitué par les ministres des Finances, le MES prendra ses décisions à la majorité qualifiée, la répartition des droits de vote en fonction de la contribution des États donnant de fait un droit de veto à l'Allemagne et à la France.

Un nouveau sommet européen décida, en décembre 2012, la mise en place d'une autorité chargée de superviser le système bancaire de la zone euro. C'était une contrepartie exigée par les plus riches États, qui acceptaient de s'engager à mettre la main à la poche à la condition d'avoir un droit de regard sur les banques de toute l'Europe. Le calendrier initialement adopté prévoyait la mise en place de ce système pour mars 2014, terme repoussé depuis à juin 2104. Et rien ne dit qu'il ne sera pas de nouveau repoussé tant, sur cette question, des intérêts opposés et très puissants s'affrontent : quelles banques, jugées trop fragilisées, devront être sacrifiées et qui doit en décider ? La presse a rapporté que le ministre chypriote des Finances, Vassos Shiarly, qui présidait la réunion, aurait estimé qu'il s'agissait d'« un cadeau de Noël pour nous, mais aussi pour toute l'Europe ».

Les événements des mois suivants ont montré cruellement à quel point ce ministre avait eu tort de croire au père Noël. Car quand le problème de Chypre est revenu sur le devant de la scène, aucun de ces mécanismes n'a joué de rôle.

Faire payer tous les déposants ?

Après la première demande d'aide de Chypre, les négociations s'étaient engagées et avaient traîné en longueur. Complication supplémentaire, comme à chaque fois qu'un État européen s'est retrouvé en situation de faillite financière ces dernières années, le Fonds monétaire international (FMI) a été sollicité pour contribuer au financement du « plan de sauvetage » et il posait lui aussi ses propres conditions. C'était donc une troïka (Commission européenne - Banque centrale européenne - FMI) qui devait réussir à se mettre d'accord sur un ensemble de mesures.

Finalement, le samedi 16 mars, les ministres des Finances de la zone euro décidèrent d'imposer aux dirigeants chypriotes un plan qui prévoyait de taxer tous les dépôts (6,75 % en deçà de 100 000 euros et 9,9 % au-delà) en contrepartie d'un prêt de dix milliards d'euros. Pour la première fois depuis l'éclatement de la crise financière en 2008, ils revenaient ainsi sur l'engagement, pris au lendemain de la faillite de la Lehman Brothers, de garantir tous les dépôts inférieurs à 100 000 euros. À l'époque, cette annonce avait été faite afin d'éviter une panique des déposants qui auraient pu, en retirant massivement leur argent de leurs comptes, provoquer des faillites bancaires en chaîne comme dans les années 1930.

Pour justifier ce revirement, les dirigeants européens ont multiplié les déclarations tonitruantes sur la nécessité de mener la guerre aux paradis fiscaux, à « l'économie de casino », (« Le casino est fermé », a déclaré le ministre français des Finances Moscovici), à la « machine à blanchir l'argent sale ». En résumé, faire payer les déposants, c'était faire payer les maffieux russes. Préoccupée par les élections qui doivent se dérouler à l'automne prochain, la dirigeante allemande, Angela Merkel, s'est lancée dans une surenchère sur le thème : « Nous ne paierons pas pour des banquiers voyous qui blanchissent l'argent des oligarques russes ». De telles déclarations sont parfaitement hypocrites.

Chypre, un paradis fiscal parmi d'autres dans l'U.E. 

En effet, Chypre est incontestablement un paradis fiscal, une de ces places financières se caractérisant par des taux d'imposition faibles et un secret bancaire particulièrement préservé, garantissant souvent l'anonymat des comptes et des opérations. Les services financiers représentaient, avec le tourisme, la principale ressource de l'île. Son secteur bancaire représentait huit fois son PIB. Les capitaux étrangers y bénéficiaient du taux d'imposition le plus bas d'Europe : 10 % jusqu'en mars dernier, après avoir été, jusqu'à son adhésion à l'Union européenne en 2004, de moins de 5 %...

Dans les années 1970, Chypre est devenue le refuge des capitaux du Moyen-Orient, remplaçant Beyrouth dans ce rôle pendant les années de guerre civile au Liban. Depuis les années 1990, l'île est devenue une plaque tournante pour les bureaucrates et affairistes de l'ex-Union soviétique. Ceux-ci y font transiter leurs capitaux dans un établissement chypriote afin de les blanchir ou pour échapper à l'impôt, pour les réinvestir ensuite en Russie. Ainsi, depuis une quinzaine d'années, Chypre est devenue le premier investisseur en Russie, tandis que les capitaux russes représenteraient plus du quart des dépôts bancaires à Chypre et environ un tiers des investissements étrangers.

Mais l'île est aussi très prisée par les armateurs grecs, et de très nombreuses multinationales occidentales ont aussi trouvé intérêt à utiliser cette place offshore en s'y faisant enregistrer pour optimiser leur fiscalité, suivant l'expression consacrée. Sans oublier les quelque 60 000 Britanniques vivant à Chypre et dont les avoirs bancaires étaient évalués à environ deux milliards d'euros. En effet, le Royaume-Uni a exercé sa domination sur cette île méditerranéenne de 1878 à 1960, année où il a dû reconnaître son indépendance après de violents combats. Mais il continue d'exercer sa souveraineté sur deux enclaves situées dans le sud de l'île - représentant tout de même 10 % de son territoire - afin d'y maintenir des bases militaires.

Au moment de l'adhésion de Chypre à l'UE en 2004, puis de son entrée dans la zone euro en 2008, les dirigeants européens n'ignoraient rien de cette situation. Et cela ne les a alors pas choqués. Certainement parce que l'Union européenne compte bien d'autres paradis financiers. D'après certains spécialistes ayant établi un classement mondial des paradis financiers, arriveraient en première position, loin devant tous les autres, la place financière de Londres, suivie par celles de pays comme l'Autriche, l'Irlande, le Luxembourg, tous membres de l'Union européenne. Et on n'entend pas les dirigeants européens tenir un discours aussi guerrier à l'égard de la Suisse, dont le statut de paradis financier n'est un secret pour personne, et surtout pas pour les hommes politiques des États occidentaux.

En réalité, les ministres européens, à la recherche d'un compromis qui les mette tous d'accord en réduisant le coût de leur intervention, avaient trouvé cette solution de taxer tous les dépôts bancaires.

Le recul des dirigeants européens

Ce faisant, ils créèrent une réaction en chaîne. La population chypriote se rua vers les banques pour retirer son argent. Les banques restèrent fermées et les queues s'allongèrent devant les distributeurs, chacun tirant le maximum pour ne pas être spolié. Mais très rapidement, les retraits furent limités à 200-300 euros, et souvent très vite impossibles car les distributeurs se vidaient. Dans toutes les couches de la population, un sentiment de révolte s'exprima contre ces dirigeants européens qui parlaient de faire payer les « fraudeurs », les financiers, mais qui s'en prenaient aux économies et aux salaires des plus modestes puisque tous les comptes étaient concernés par une taxation. L'émotion fut telle que, deux jours plus tard, le Parlement rejeta le plan de l'Union européenne.

Mais ce fut surtout l'hostilité des marchés financiers craignant une crise de confiance généralisée qui fit revenir les dirigeants européens sur leur décision. À les écouter quelques jours après, on pouvait avoir l'impression qu'aucun des ministres des Finances n'avait participé à la réunion du 16 mars. Mais le temps de renégocier un autre plan épargnant les dépôts inférieurs à 100 000 euros, il s'écoula encore une semaine pendant laquelle les banques de Chypre gardèrent portes closes.

Ainsi, pendant dix jours, l'économie de Chypre se retrouva quasiment paralysée : dans la plupart des commerces, seuls les paiements en liquide étaient acceptés mais l'argent devenait de plus en plus rare. Des entreprises ne pouvaient plus rien payer, ni fournisseurs, ni salariés. Certaines licenciaient, quand elles ne faisaient pas faillite. Le 24 mars, une nouvelle réunion des ministres des Finances élaborait un deuxième plan épargnant les « petits » déposants. Celui-ci prévoyait la restructuration de la première banque du pays, la banque de Chypre, et la liquidation totale de la Laiki, deuxième établissement bancaire de Chypre. Selon le FMI, les dépôts supérieurs à 100 000 euros auraient à subir une ponction pouvant aller jusqu'à 60 % de leur montant.

Après douze jours de fermeture, les banques ont rouvert leurs guichets le 28 mars, en maintenant toutefois un contrôle des changes limitant à 5 000 euros les transactions financières, limites portées à 25 000 euros quelques jours plus tard. Aucun mouvement de panique ne s'est produit et aujourd'hui la crise bancaire peut sembler jugulée.

Mais les travailleurs, eux, payeront la crise !

Pour la population chypriote, le pire est encore à venir. Des milliers d'emplois vont être supprimés dans le secteur financier. Le plan de l'UE prévoit des baisses de salaires dans la fonction publique (de 0,8 % à 2 %), un report de l'âge de départ en retraite, une augmentation des impôts chiffrée à 600 millions d'euros, et pour un milliard d'euros de privatisations, avec notamment la compagnie de télécommunications, les ports et la compagnie d'électricité. Ces mesures d'austérité provoqueront un recul de l'ensemble de l'activité économique, comme dans tous les autres pays d'Europe où des « plans de sauvegarde » ont été appliqués. La troïka prévoit déjà que l'économie chypriote devrait connaître un recul de près de 9 % en 2013. Le chômage, touchant déjà près de 15 % de la population d'après les statistiques officielles, devrait augmenter rapidement.

Il faut souligner que toutes ces mesures s'ajoutent à celles qui avaient été prises depuis 2011 par le précédent gouvernement, de gauche celui-là, sous la présidence de Demetris Christofias, dirigeant du parti AKEL (Parti progressiste des travailleurs). Ce parti, désigné comme communiste par les médias, est en effet un lointain descendant du parti communiste fondé en 1926. Mais sa politique au pouvoir ne l'a pas distingué de celle qui a été menée partout ailleurs dans les autres États de l'Union européenne : comme les autres, il n'a pas hésité à s'attaquer aux travailleurs en leur faisant payer les conséquences de la crise, mettant en œuvre un plan de rigueur de 750 millions d'euros. Ce plan prévoyait d'augmenter la TVA de l'ordre de 2 % , la faisant ainsi passer d'un taux de 15 % à 17 % ; de relever l'assiette des impôts sur le revenu de 30 % à 35 % pour les personnes gagnant 60 000 euros et plus par an ; de réduire le nombre de fonctionnaires à hauteur de 3 %, et les salaires de 10 % dans la fonction publique pour les nouveaux recrutés.

Aujourd'hui, alors que la droite a remporté les élections présidentielles de février dernier, ce parti, retourné dans l'opposition, conteste les mesures d'austérité et organise des manifestations. Mais il ne propose en aucune façon une politique différente pour les travailleurs, leur permettant d'inverser le cours des choses.

Les travailleurs et la majorité de la population de Chypre vont connaître, et connaissent déjà, un recul dramatique de leurs conditions de vie car ce sont eux qui vont payer au prix fort les conséquences de la crise. Cela n'en rend que plus choquantes toutes les déclarations mensongères faites pour faire croire que, pour une fois, ce sont les « gros » qui payent la facture.

Ceux qui échappent à l'austérité

Certes, l'archevêque de Nicosie ne décolère pas contre l'accord qui a coûté, paraît-il, à l'Église orthodoxe, en tant qu'actionnaire de la Banque de Chypre, plus de cent millions d'euros. Si cela est confirmé, les dignitaires de l'Église peuvent avoir le sentiment d'avoir été floués par des dirigeants politiques qui ont pu, eux, transférer leurs avoirs dans des filiales à l'étranger alors que les banques étaient fermées. Car, comme le souligne une dépêche de l'agence Reuters, « pendant que les Chypriotes ordinaires faisaient la queue devant les distributeurs automatiques pour retirer quelques centaines d'euros, puisque toutes les opérations par carte étaient arrêtées, d'autres déposants utilisaient un éventail de techniques pour récupérer leur argent. Personne ne sait exactement combien d'argent a quitté les banques chypriotes et où il est allé. Mais les deux banques au centre de la crise, Banque populaire de Chypre connue sous le nom de Laiki (appelée à disparaître) et la Banque de Chypre, ont des antennes à Londres qui sont restées ouvertes tout au long de la semaine et qui n'étaient pas placées sous la limitation des retraits. »

Alors même qu'il négociait la « sauvegarde » de Chypre, le président en exercice, Nicos Anastasiades, n'aurait pas été le dernier à se préoccuper d'abord de sa propre sauvegarde, la belle-famille de sa fille étant soupçonnée d'avoir transféré à l'étranger 21 millions d'euros quelques jours avant que l'Eurogroupe décide de taxer les dépôts à Chypre...

Les oligarques russes, que les dirigeants européens prétendaient vouloir faire payer, n'ont bien sûr pas été les derniers à transférer leurs capitaux. Si les responsables russes ont dans un premier temps dénoncé une confiscation « jamais vue depuis la révolution de 1917 », leur ton a baissé depuis. Cité par le journal britannique The Guardian, l'oligarque Alexander Lebedev a annoncé qu'il risquait de perdre 10 000 euros, ajoutant : « Cela ne vaut pas la peine d'en parler. »

Une crise après une autre... et avant la prochaine !

La crise chypriote n'est que le dernier soubresaut en date de la crise financière. Quel sera le prochain maillon à céder ? Un autre petit État comme la Slovénie, issu de l'éclatement de la Yougoslavie, hier encore loué comme un modèle d'intégration dans l'Union européenne et dont le secteur bancaire est à son tour aux abois ? Ou un poids lourd de la zone euro comme l'Espagne ?

Ou encore, le centre de gravité du gros des capitaux spéculatifs qui, déjà, s'est déporté ailleurs que sur les dettes souveraines, ira-t-il faire des dégâts sur les matières premières, dans l'immobilier ou à la Bourse ? Les Échos du 29 avril a titré une double page : « Le spectre de la bulle plane sur les marchés financiers », pour évoquer « le prix de l'or multiplié par sept en dix ans » ou encore que « les prix successifs des actifs financiers sont à des niveaux artificiels ».

Le recul des salaires, les licenciements au nom de la compétitivité, l'exploitation accrue des travailleurs : tout cela pour aboutir à cette accumulation sans précédent des capitaux spéculatifs qui rendent l'économie mondiale instable et totalement imprévisible. Une économie folle, mais d'une folie destructrice. Jusqu'à ce que se lève la classe sociale capable de mettre fin à la mainmise du grand capital sur l'économie et d'exproprier la bourgeoisie.

3 mai 2013