Banlieues décembre 2005

Εκτύπωση
Décembre 2005

Ce texte n'est pas une motion du Congrès (d'autant que nous nous sommes exprimés à plusieurs reprises dans notre presse) mais après discussion sur le sujet, il a été approuvé par 97 % des délégués présents au congrès.

L'habitat concentrationnaire, le manque d'emplois à l'échelle locale et nationale, le bas niveau de revenus, des logements souvent surpeuplés et dégradés, le racisme, tout cela, non seulement existe, mais crée la conviction, pour ceux qui justement ne s'en sortent pas, que toute la population qui habite ces quartiers est rejetée, n'a pas accès à ce que la moyenne de la population connaît. La conviction aussi pour les jeunes, qu'ils ne pourront jamais s'intégrer.

Cela, c'est le fond social et nous l'avons dit bien des fois depuis longtemps.

Mais, la forme que ces événements ont prise pose un problème réel.

Bien sûr, on peut dire, comme ceux des jeunes qui s'expriment, qu'ils ont "la rage", et tant pis pour ceux qui en sont victimes puisque c'est le seul moyen d'attirer l'attention sur eux. Il s'agit là d'explosions de colère certes, mais leur choix d'une réaction aveugle contre ceux avec lesquels ils vivent, voire les écoles, sans faire la différence entre les pompiers et la police, les bus qui desservent le quartier qu'ils font brûler, avec parfois conducteurs et passagers dedans, tous ces actes qui vont à l'encontre de leurs propres intérêts, de l'opinion que l'ensemble de la population peut se faire d'eux, montrent qu'ils sont loin du niveau de conscience qui caractérisait, pour les marxistes, le mouvement ouvrier.

Cependant certaines manifestations paysannes qui détruisent des fruits, des légumes et autres biens qui feraient le bonheur des banques alimentaires ou des Restos du cœur, relèvent des mêmes réactions.

Le respect de l'outil de travail dans les grèves, s'il prend des formes parfois réellement opportunistes sous la pression des syndicats, est quand même la manifestation de la conscience que, même dans la lutte, on doit s'efforcer de ne pas détruire le travail humain, surtout lorsque son produit peut servir à tous.

Nous ne discuterons pas de la politique du gouvernement car, même au cours de cette crise, elle fut inexistante. Des promesses pour l'avenir dans cinq ans, dix ans, dont chacun sait par expérience qu'elles ne seront pas tenues et que dans cinq ans, dix ans, les quartiers seront les mêmes ou, s'ils ont changé, ce sera en pire.

Parmi les mesures immédiates, il y a eu de rendre précipitamment aux associations de quartiers les crédits que le gouvernement leur avait enlevés. Mais le travail de ces associations, si utile qu'il puisse être vis-à-vis d'une minorité, n'est pas apte à changer la situation sociale, morale surtout, de ces jeunes. Faire du théâtre, du cinéma, de l'informatique, du football et autres choses du même ordre, peut changer la situation sociale et morale de quelques dizaines de jeunes dans un quartier mais pas la situation de tous, et parfois cela s'adresse à ceux qui en ont le moins besoin.

D'ailleurs les crédits n'avaient été supprimés que très récemment et le travail de ces associations, si dévouées soient-elles, n'avait pas amélioré la situation ni porté remède à cette frustration. Et c'est parfois aux maisons de jeunes que les incendiaires s'en sont pris.

Aujourd'hui, Chirac nous dit que ces jeunes s'ennuient à l'école: pourquoi les y maintenir jusqu'à 16 ans au lieu de les mettre en apprentissage à partir de 14ans; ils pourraient avoir la fierté de travailler de leurs mains, acquérir la solidarité avec les autres, fabriquer quelque chose, voire gagner un peu d'argent. En ce qui concerne l'argent, ce qu'on leur propose pour la première année d'apprentissage est de l'ordre de moins de 85 euros par mois. Même si ces jeunes ne savaient pas du tout compter, là ils sentent bien qu'on se moque cyniquement d'eux.

Mais un problème serait de se demander pourquoi ces jeunes arrivés vers la fin de la scolarité obligatoire ne veulent plus de l'école, ne s'y intéressent plus et même pourquoi ils ne s'y sont jamais intéressés.

La réponse est que l'école est un service public mais que, comme tous les services publics, elle n'est pas vraiment au service de la population. On n'a rien fait pour donner à ces jeunes de ces cités lugubres et surpeuplées le goût de l'instruction, de la culture. Ce n'est pas à 14 ans que cela se donne, sauf peut-être pour une minorité. Dans cette population, il y a une fraction de jeunes qui arrive à suivre des études primaires, voire secondaires, envers et contre tout. Un grand nombre qui les suit mal et qui n'atteint qu'un niveau faible et, à l'autre bout, une minorité qui ne maîtrise rien, qui arrive en 6e ou plus loin sans savoir ni lire correctement, ni écrire sans trop de fautes et encore moins compter.

Cela, c'est la responsabilité de l'État, tous gouvernements confondus, depuis au moins vingt-cinq ou trente ans, pas des familles!

Une famille d'origine immigrée est mal placée pour apprendre à parler français correctement à ses enfants en bas âge, surtout si les deux parents travaillent.

Aujourd'hui, on nous dit qu'il y a de la place dans les maternelles. Mais c'est là, dans le cas de ces quartiers, un énorme mensonge car ces enfants ne peuvent y trouver ce qu'ils ne trouvent pas dans leur famille.

Dans les quartiers populaires pas totalement défavorisés et qui ne sont pas des ghettos, les classes de maternelles même si elles comportent autant d'enfants qu'ailleurs, la population n'est pas la même que dans les cités. Dans les cités, ceux qui n'ont pas appris un français correct chez eux avant la scolarisation véritable, c'est durant ces années de maternelle entre 2 ou 3 ans et 6 ans, qu'ils devraient pouvoir apprendre à parler correctement et acquérir des rudiments de lecture, voire apprendre à compter.

Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que dans ces cités surpeuplées, où le nombre d'enfants est grand, il y a peut-être de la place dans les maternelles, mais pas toujours, et les classes y sont couramment surchargées, de 27 à 29 gamins voire 30 ou 31.

Ils sont peut-être juridiquement en majorité français mais, dans ces classes, les enfants parlent parfois quatre ou cinq langues différentes, voire plus, selon la langue de leur mère.

Bien des enfants qui vont sortir de ces classes de maternelles pour entrer à l'école primaire ont un handicap dont trop ne se remettront jamais. Que pourront-ils apprendre à l'école primaire s'ils ne maîtrisent pas la langue ou la lecture et si, surtout, les enseignants ne sont pas assez nombreux et disponibles pour les leur enseigner? Le parcours à l'école primaire sera inutile pour nombre d'entre eux.

Bien entendu ceux-là, ne pouvant pas suivre, resteront au fond de la classe et même s'ils terminent le cycle de l'enseignement, parce qu'on préfère ne pas les faire redoubler pour les voir quitter le collège, ils n'auront pas le niveau voulu. Il ne s'agit pas seulement d'avoir des diplômes, dévalorisés par ailleurs. Pour occuper un emploi, même à diplôme égal, il faut ne pas arriver dernier dans ce système inique et concurrentiel sur la base d'un chômage énorme.

Alors si le gouvernement s'est trouvé hier face à une insurrection de "jeunes asociaux" selon ses termes et comme il s'en plaint, c'est lui qui en est responsable, c'est lui qui les a mal élevés, pas les parents!

Et, sur ce terrain, comme sur bien d'autres, tous les gouvernements depuis 25 ou 30 ans ont fait de même!

Décembre 2005