La présente crise du logement

Εκτύπωση
Décembre 2005

Texte adopté à l'unanimité au congrès

La crise du logement pour les travailleurs dans les grandes agglomérations urbaines s'est aggravée une fois de plus, brutalement au cours des dernières années.

Une fraction croissante des travailleurs n'a plus les moyens d'accéder à un logement stable correct. Le nombre de personnes qui n'ont un toit que parce qu'elles sont hébergées approche le million. Si la majorité d'entre elles sont des jeunes adultes qui restent -ou reviennent- au domicile familial, ils sont entre 150000 et 300000 qui sont hébergés par des tiers dans les conditions de surpeuplement des logements que cela implique. 700000 personnes vivent dans un habitat précaire ou temporaire, et le nombre de ceux qui n'ont pas de domicile du tout serait de plus de 80000 personnes. Le nombre total des mal logés, vivant dans des logements dégradés ou malsains, est estimé à 3,5 millions de personnes.

L'augmentation des loyers bien au-delà de la hausse moyenne des prix, le surpeuplement des logements existants, deviennent un fait général. Il ne touche pas seulement la majorité des travailleurs mais même une partie de la petite bourgeoisie.

Sous l'angle le plus général, le problème du logement des classes exploitées est aussi ancien que l'organisation capitaliste de la société (voire, sur le fond, la société d'exploitation): "Une société ne peut exister sans crise du logement lorsque la grande masse des travailleurs ne dispose exclusivement que de son salaire... lorsque des crises industrielles violentes et cycliques déterminent, d'une part, l'existence d'une forte armée de réserve, de chômeurs, et, d'autre part, jette momentanément à la rue la grande masse des travailleurs... et que, pour les plus ignobles taudis, il se trouve toujours des locataires, lorsqu'enfin le propriétaire d'une maison en sa qualité de capitaliste a non seulement le droit mais aussi, dans une certaine mesure grâce à la concurrence, le devoir de tirer de sa maison, sans scrupule, les loyers les plus élevés. Dans une telle société, la crise du logement n'est pas un hasard, c'est une institution nécessaire; elle ne peut être éliminée, ainsi que ses répercussions sur la santé, etc., que si l'ordre social tout entier dont elle découle est transformé de fond en comble." (Engels, La question du logement, 1887).

Le problème du logement ne se pose pas de la même manière ni avec la même acuité dans les agglomérations urbaines et dans les régions rurales, dans les régions anciennement industrialisées et dans celles qui attirent de la main-d'œuvre nouvelle. Dans bien des régions de France (et, plus généralement, en Europe), une partie de la classe ouvrière, restée liée à la campagne, dispose d'une maison, d'un jardin (dont elle tire parfois un complément de revenu). Mais cet avantage-là est en même temps une entrave pour le travailleur, qui l'enchaîne à un lieu quand ce n'est pas à un patron. En permettant à l'employeur capitaliste de ne pas payer ou de sous-payer la part du salaire consacrée au logement, il pèse sur les salaires.

Lors des phases d'expansion des cycles capitalistes, il arrive que, même dans les grandes agglomérations urbaines, une partie des couches supérieures de la classe ouvrière accède à la propriété de son logement et devient moins dépendante du marché de la location. Cela se fait au prix de l'endettement de la famille ouvrière avec les conséquences que cela peut entraîner lors des retournements de situation économique, notamment en cas de perte d'emploi.

Dans le loyer interviennent le coût de la construction augmenté du profit de l'entrepreneur, les annuités d'amortissement du capital investi par le propriétaire, son profit compris, mais aussi le prix du terrain, expression de la rente foncière. Sur le long terme, les coûts de construction ont considérablement baissé du fait d'une certaine industrialisation du bâtiment, de l'utilisation d'éléments préfabriqués, de la production en série, etc. Mais, en même temps, dans les grandes agglomérations urbaines, le prix du terrain ne cesse d'augmenter, compensant, voire au-delà, la baisse des coûts de construction.

Les loyers concrets fluctuent cependant, comme les prix de toutes choses dans l'économie de marché, en fonction de l'offre et de la demande. Une diminution de l'offre de logements -après les destructions de la guerre, par exemple- ou une augmentation de la demande -en cas d'afflux de travailleurs des campagnes vers les villes-, peuvent créer des situations de pénurie grave de logements et qui se traduisent par le renchérissement de ce qui existe, aussi bien à l'achat qu'à la location. Ces fluctuations, qui ont pris de l'ampleur avec le développement de la grande industrie, attirant en masse des travailleurs venus de la campagne, ont accompagné toute l'histoire du capitalisme. Engels soulignait déjà, en 1872, parlant des périodes de pénurie, que: "Il en résulte que les travailleurs sont repoussés des centres des villes vers la périphérie, que les logements ouvriers, et d'une façon générale les petits appartements, deviennent rares et chers et que souvent même ils sont introuvables; car, dans ces conditions, l'industrie du bâtiment, pour qui les appartements à loyer élevé offrent à la spéculation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu'exceptionnellement des logements ouvriers."

Dans certains pays capitalistes et à certaines périodes, notamment de pénurie, il arrive que l'État compense dans une certaine mesure les défaillances du marché en subventionnant de différentes manières la construction de "logements sociaux". C'est ainsi qu'en France, par exemple, confronté à l'importante pénurie de logements à la portée des salaires ouvriers dans les années trente puis après la Deuxième Guerre mondiale, dans les années soixante, l'État a investi dans la construction de logements relativement bon marché, pour la plupart de type HLM locatif. Dans un contexte de relative période de prospérité pour la bourgeoisie, la fin de la guerre d'Algérie, en 1962, en allégeant le budget militaire, a donné des moyens supplémentaires à l'État, de surcroît confronté à une demande supplémentaire de logements avec l'arrivée des rapatriés. 2,2 millions de logements ont été ainsi construits. Cette politique de construction, dont le BTP et les promoteurs-constructeurs ont d'autant plus profité qu'ils ont pu construire en rognant sur la qualité pour s'assurer des marges de profit confortables, a résorbé pour une période la grave pénurie de logements de la période précédente. Au début des années soixante-dix, les signes les plus visibles de la misère de l'habitat ouvrier, les bidonvilles qui entouraient Paris et quelques autres grandes villes ont été, pour la plupart, éradiqués. Les couches les plus pauvres de la classe ouvrière continuaient cependant à être condamnées à vivre dans des logements dégradés ou de mauvaise qualité quand elles n'étaient pas livrées aux marchands de sommeil ou aux foyers surpeuplés. Combien de travailleurs, notamment immigrés, arrivés aujourd'hui à l'âge de la retraite, n'ont connu, tout au long de leurs quatre décennies sur les chaînes de production ou dans le bâtiment, que des taudis ou des foyers d'immigrés?

Cette exclusion d'une fraction des travailleurs de l'accès au logement n'est cependant pas un problème d'immigrés et en réduire les causes à des préjugés raciaux ou xénophobes, c'est en faire un problème purement moral au lieu de s'en prendre au système capitaliste lui-même. Si des préjugés de ce type interviennent pour sélectionner les victimes du système, le fait fondamental est que, dans l'économie de marché, il y a toujours eu et il y aura toujours des mal-logés. Dans un passé plus lointain, les pires taudis étaient remplis par les derniers arrivants, venus des campagnes: avant d'être portugais, les ouvriers du bâtiment étaient du Berry ou du Limousin et, avant que Renault fasse venir des ouvriers du Maroc, ils venaient de Bretagne ou d'Auvergne.

Les HLM représentent en France quelque 17% des logements en location. La notion même de "logement social" exprime le fait que le jeu normal du marché capitaliste ne peut assurer à l'ensemble de la classe ouvrière des logements de qualité. En d'autres termes, dans le calcul du prix de la force de travail que le salaire représente, la part consacrée à assurer ce besoin essentiel des travailleurs qu'est le logement n'assure en règle générale que des logements de basse qualité. Et, même ces logements de basse qualité ne sont à la portée de la bourse d'une bonne partie des travailleurs que grâce à des financements de l'État, ce dernier contribuant de la sorte à permettre au capital privé de payer moins cher la force de travail. Il en va pour les logements sociaux comme pour l'assurance maladie ou la retraite.

Alors que l'État consacre de plus en plus d'argent à financer les entreprises capitalistes, voire les bourgeois en tant qu'individus, il en consacre de moins en moins aux logements dits sociaux, bien que la hausse des prix des logements sur le marché locatif libre les rende plus nécessaires. De surcroît, une grande partie des logements dits sociaux, construits il y a un demi-siècle, de piètre qualité dès leur construction, mal entretenus par la suite, arrivent en fin de vie, diminuant d'autant l'offre de logements à la portée des salariés.

Sur ce fait général, se greffe l'attitude des municipalités bourgeoises qui refusent de construire des logements sociaux sur leur territoire. Etant donné le prix du terrain dans les villes ou les quartiers bourgeois, il faudrait les réquisitionner pour pouvoir construire bon marché, ce dont il n'est évidemment pas question pour ces municipalités. En outre, elles n'ont pas l'intention de faire baisser le prix de l'immobilier par cette "mixité sociale" si déplaisante pour les habitants de "Neuilly-Auteuil-Passy" ou leurs semblables.

Au-delà de la "question du logement" telle qu'elle se pose tout le temps à la classe laborieuse dans l'économie capitaliste, la raison fondamentale de son aggravation actuelle réside dans la dégradation considérable de la situation générale de la classe ouvrière et la baisse globale de son pouvoir d'achat. Il y a l'importance du chômage, la durée de l'état de chômeur, la généralisation de la précarité. La précarité se traduit non seulement par la diminution des salaires, c'est-à-dire, entre autres, l'incapacité de payer le loyer, mais elle rend aussi un nombre croissant de salariés recherchant un logement incapables de fournir les garanties exigées par les loueurs. Non seulement il y a pénurie de HLM mais même le loyer dit modéré est hors de portée pour un nombre croissant de travailleurs, en activité ou au chômage. Il est significatif que, même d'après les chiffres de l'INSEE, un tiers des personnes qui n'ont pas de domicile du tout ont pourtant un emploi. Celui qui quitte son logement parce que le loyer est trop cher pour lui ne peut en retrouver un moins cher.

Une autre raison de l'aggravation présente de la crise du logement est le mouvement de hausse de plus en plus fort des prix de l'immobilier. Entre le creux du marché immobilier, en 1997, et la fin 2004, c'est-à-dire en sept ans, l'augmentation en termes réels a été de l'ordre de 70%. 15% rien qu'au cours des douze derniers mois -et, encore, c'est une moyenne! Cette hausse des prix à l'achat et à la vente se répercute d'autant plus sur le montant des loyers que bien des propriétaires sont tentés de profiter des prix élevés et de vendre leurs propriétés, chassant par la même occasion leurs locataires.

Le boom précédent de l'immobilier, à la fin des années quatre-vingt, concernait surtout les immeubles de bureaux ou de locaux à usage professionnel. Il s'est terminé par un krach. L'emballement actuel de la hausse des prix concerne surtout les logements. Et cette fois-ci pas seulement ou principalement dans la région parisienne, mais pratiquement dans toutes les grandes villes.

Sous l'angle de la hausse des prix, l'aggravation présente de la crise du logement est une des conséquences directes de l'étape actuelle de la crise de l'économie capitaliste et de sa nature.

Depuis plusieurs années, non seulement la bourgeoisie grande et moyenne, mais même une partie de la petite bourgeoisie et les "managers" des entreprises privées s'enrichissent au point de ne savoir que faire de leur argent. Tous les hauts revenus sont en permanence à la recherche de placements intéressants. "Investir dans la pierre" est considéré comme un placement sûr. Tout placement est susceptible de devenir objet de spéculation dès que l'afflux d'argent fait augmenter les prix et, surtout, que les hausses d'aujourd'hui semblent annoncer des hausses plus fortes encore demain. On n'achète plus un logement seulement pour se loger, ni même pour se procurer un revenu supplémentaire en le louant à un tiers ou assurer son futur logement au rejeton de la famille, mais pour le revendre avec profit. Tout cela tire la spirale des prix vers le haut, et pas seulement pour les logements destinés à la bourgeoisie grande, moyenne et petite, mais aussi pour ceux destinés aux classes populaires. Mais, à la différence des tableaux, des grands crus, des yachts ou même de l'immobilier de luxe, dont les hausses spéculatives ne concernent que la minorité riche, le logement est en même temps un bien de première nécessité pour les classes populaires.

La spirale spéculative n'aurait cependant pas pu prendre l'ampleur qu'elle a prise sans les banques. Echaudées par la crise boursière de 2001, à la recherche de secteurs où placer leur argent, les banques se sont jetées sur l'immobilier. Ce n'est pas la première fois que cela arrive. Depuis le début de la crise généralisée de l'économie capitaliste, commencée au début des années soixante-dix, les fluctuations de la spéculation sur les actions en Bourse ont, à plusieurs reprises, coïncidé avec des fluctuations de sens contraire à la spéculation immobilière. La baisse des cours des actions entre la fin 2000 et 2003 a rendu momentanément moins intéressant pour les banques le commerce ô combien lucratif des actions pour les pousser vers ce qu'elles appellent les "ménages", ceux bien entendu qui sont solvables, pour leur proposer du crédit immobilier. La baisse du taux d'intérêt, au même moment, conséquence elle aussi du krach boursier, leur a donné les moyens de prêter moins cher. Depuis, les banques se mènent la guerre pour se disputer le marché du crédit immobilier. Elles prêtent en veux-tu en voilà à ceux qui ont de l'argent et, surtout, pour des échéances de remboursement plus longues.

Le crédit immobilier moins cher a permis peut-être à certaines catégories de salariés les moins mal payés de devenir propriétaires de leur logement. Mais les principaux bénéficiaires du crédit bancaire plus facile ont été surtout les couches aisées. Pour elles, financer avec du crédit relativement bon marché l'achat de logements que l'on peut revendre avec un gain confortable, est une bonne affaire. Mais au lieu d'atténuer la crise du logement, elles l'aggravent en réalité en finançant les investissements spéculatifs.

Bien des dispositifs gouvernementaux, pris sous prétexte de favoriser la construction, de la loi Besson (du Parti socialiste) à la loi Robien (de l'UDF), accentuent encore le phénomène avec des cadeaux fiscaux destinés à ceux qui ont accès au crédit bancaire et qui investissent non pour se loger mais pour tirer un profit de leurs propriétés immobilières. Même le prêt à taux zéro qui ne peut excéder 20% du coût total de l'achat n'est destiné par définition qu'à ceux qui ont de l'argent à investir et à qui les banques font crédit. L'immense majorité des travailleurs ne peut y avoir accès.

Les partis réformistes, le Parti communiste en particulier, qui dénoncent la crise actuelle du logement, limitent le problème à la seule construction de logements sociaux. Et lorsqu'ils dénoncent les spéculateurs, ils ne s'en prennent qu'à la catégorie spéciale de la bourgeoisie favorisée par la situation actuelle. Ces catégories de la bourgeoisie grande et petite, dont les activités sont liées à l'immobilier, des grands requins du BTP, des promoteurs jusqu'aux agences immobilières et aux margoulins qui rachètent des immeubles en ruines pour louer des taudis à prix d'or, s'enrichissent en effet précisément grâce aux hausses de prix entraînées par le mouvement spéculatif. Mais la spéculation sur l'immobilier n'est qu'un des aspects de la spéculation en général et elle est le fait de l'ensemble de la bourgeoisie, dans un contexte de stagnation économique où la recherche du placement "rentable" se substitue aux investissements productifs.

La progression des prix de l'immobilier concerne la plupart des pays industriels, partout pour les mêmes raisons (au Royaume-Uni ou en Espagne, elle est même plus rapide qu'en France). Les différences entre les rythmes de hausse d'un pays à l'autre, comme entre les niveaux de prix, ont tendance à accentuer l'internationalisation du marché immobilier. La demande de logements à Paris et dans bien des grandes villes de province, comme sur la Côte-d'Azur, ne vient pas seulement des classes aisées de France mais aussi de Grande-Bretagne, voire de Russie, du Japon ou du Moyen-Orient. Avec l'internationalisation du marché immobilier, s'internationalise également la spéculation immobilière. Les riches particuliers d'ici ou d'ailleurs, plaçant leur argent dans un pied-à-terre à Paris -le "pied-à-terre" allant d'un simple studio dans un quartier à la mode à l'appartement de l'avenue Foch-, sont relayés par des spéculateurs institutionnels. C'est le cas avec les acquisitions d'immeubles par des fonds de pension, notamment américains, et leur revente "à la découpe", appartement par appartement.

L'envolée des prix de l'immobilier supérieur (châteaux, appartements de luxe dans les quartiers bourgeois) n'a de conséquence qu'indirectement sur le marché locatif qui concerne la masse des salariés. Mais la spéculation touche aussi des appartements moyens, voire dans certains quartiers des chambres de bonne. Les logements corrects en location deviennent inabordables pour une grande partie des ménages ouvriers, en tout cas pour ceux qui cherchent une nouvelle location. Cela valorise les pires taudis. Et si le gouvernement a dû revenir en arrière sur son projet d'autoriser la location, en tant que logements, de surfaces inférieures à 9 m², le projet lui-même est révélateur du parti pris du gouvernement en faveur des propriétaires.

Dans ce contexte, les discours en vogue dans les milieux gouvernementaux sur "l'accession à la propriété" sonnent comme une provocation. Même en période de plus ou moins plein emploi, une partie des salariés, leur fraction la plus pauvre, est de toute façon écartée de la possibilité d'accéder à la propriété. À plus forte raison, lors de l'actuel emballement des prix.

L'augmentation de la demande de logements ne s'est pas traduite immédiatement par une relance en conséquence de la construction, fût-ce celle de logements neufs s'adressant à la demande supplémentaire venant des classes aisées. Il était plus intéressant de valoriser les constructions déjà existantes et de prélever des marges plus élevées en limitant l'offre des logements en train d'être construits.

Depuis fin 2003, les mises en chantier augmentent cependant à leur tour, avec une accélération en 2004 et 2005. Elles répondent à des demandes en partie spéculatives -les "investissements locatifs" représentent près de la moitié des ventes dans le neuf- et entraînent inévitablement des spéculations sur les terrains à bâtir, sur les matériaux de construction, etc. Les banques suivront-elles? Une partie de ceux qui ont acheté pour revendre ne seront-ils pas tentés de le faire pour "prendre leur bénéfice"? Les emprunts immobiliers augmentent l'endettement des ménages aisés dans des proportions importantes (passé, en dix ans, de 50% de leur revenu disponible brut à 60%). Les banques commencent à s'inquiéter et à resserrer les crédits privés à la construction, d'autant plus qu'elles ont de nouveau un accroissement de la demande de crédit de la part des entreprises, engagées dans une nouvelle vague de rachats les unes des autres.

Des États-Unis aux pays industriels d'Europe, le ralentissement de la hausse des prix de l'immobilier est de plus en plus associé au spectre d'un krach immobilier avec les conséquences que l'on devine pour les travailleurs du bâtiment.

Nous soutenons l'action des associations, DAL, ATD Quart-Monde et bien d'autres, qui défendent ceux qui sont frappés le plus durement par la crise du logement: ceux que l'on cherche à chasser de leur HLM pour défaut de paiement, les squatters expulsés pour donner une image d'homme d'ordre à un ministre de l'Intérieur qui ne respecte même pas la modeste loi sur le logement social dans la ville dont il était maire, ou ceux qui habitent dans des conditions innommables et dont on ne parle que lorsqu'un incendie déplace la télévision.

Mais il ne faut pas réduire la "question du logement" à ces seuls aspects, en la séparant du fonctionnement général de l'économie capitaliste. L'incapacité de la société à satisfaire correctement ce besoin élémentaire qu'est celui de se loger, même dans les pays les plus riches, est un des nombreux maux qui résultent du mode de production capitaliste.

Si la classe ouvrière était en situation de peser sur la politique du gouvernement, elle mettrait l'accent de ses interventions dans ce domaine sur des revendications autour de deux axes:

-résoudre immédiatement le problème de ceux qui n'ont pas de logement ou qui vivent dans des taudis par la réquisition de tous les logements inoccupés, ainsi qu'une partie des surfaces habitables sous-occupées par la bourgeoisie. La pénurie de logements ouvriers n'en est une qu'à considérer intouchables les logements des bourgeois sous-occupés, voire inoccupés. Il n'y a aucune raison que des familles ouvrières s'entassent à 7 ou 8 dans des chambres insalubres, pendant que des appartements de 300 ou 400 m² sont occupés par des familles bourgeoises, voire par des personnes seules;

-imposer à l'État qu'il réquisitionne les terrains, y compris dans les quartiers bourgeois, et qu'il consacre une partie de son budget à construire des logements corrects en embauchant directement la main-d'œuvre nécessaire -ce qui permettrait de réduire le chômage- et qu'il les mette en location sans qu'une partie des loyers soit consacrée au profit des promoteurs, à la rente foncière ou aux prélèvements de multiples intermédiaires.

Il ne s'agit pas de résoudre le problème du logement pour l'ensemble des travailleurs, ce qui est impossible dans l'économie capitaliste. Il s'agit de proposer à la classe ouvrière des objectifs de lutte qui l'opposent aux véritables responsables de ses difficultés, y compris dans le domaine particulier du logement: la classe capitaliste et le gouvernement qui la représente.

Il faut surtout imposer des objectifs plus généraux: contrôle et publicité des comptabilités des entreprises, augmentation générale des salaires, échelle mobile des salaires basée sur les besoins réels, y compris le logement et le loyer, interdiction des licenciements collectifs pour les entreprises qui font des profits et répartition du travail entre tous.

5 octobre 2005